La laïcité est-elle en danger ?
Par Grégory PICART le mardi 2 juin 2009, 19:02 - Lien permanent
Le mercredi 27 mai, salle Richart de la mairie de Lens, les responsables de la section lensoise de la ligue des droits de l’homme (LDH) ont proposé une conférence ayant pour thème la laïcité. Animée par Georges Gastaud, Luc Maroni et Yves Malapel cette manifestation a été complétée par trois expositions.

A l’invitation de Jean-Pierre Prévost, président de la section locale, le public a pu découvrir une exposition prêtée par le Conseil Général (mise à disposition d’un collège) intitulée « Histoire et actualités de la laïcité ». Les deux autres expositions étaient « la laïcité sur les murs de France » (mise à disposition d’un lycée et d’une école primaire de Lens).
Après avoir remercié la municipalité de toute l'aide apportée à la réussite de cette initiative, le président s'est adressé à la cinquantaine de participants présents pour un thème qui nécessite beaucoup de précisions et d'éclairages de nos jours.
Introduisant ce concept, Georges Gastaud, professeur de philosophie au lycée Condorcet, qui « au pied levé » a remplacé Georges Voix, président du groupe de travail national LAÏCITE (indisponible en dernière minute) a rappelé que la laïcité est un concept relativement récent. Il est revenu sur la loi de 1905 traitant de la séparation des églises et de l’Etat, loi fondamentale qui est remise en question par certains et notamment par des personnalités politiques hautement placées.
Il a rappelé dans les grandes lignes les étapes qui ont permis de faire de l’Etat français un état laïc et tolérant : édit de Nantes avec Henri IV, engagement de Condorcet, Commune de Paris… « La loi de 1905 incarne le triomphe de la laïcité » a-t-il souligné. Pour exemple, l’article 2 qui précise que la République ne reconnaît ni ne salarie aucun culte, en conséquence, aucun prêtre n’est dès lors plus payé par l’Etat.
Georges Gastaud a poursuivi en rappelant qu’il existe une « laïcité à la française », pour preuve, l’article 1 de la Constitution de 1958 souligne le caractère laïc de la République.
En complément, le philosophe a souligné les dangers qui planaient sur la laïcité : le libéralisme tuant la solidarité et donc l’unité nationale, la tentation du communautarisme défavorable à la laïcité. « Le morcellement de la société tue la laïcité ». Celle-ci est fondamentale puisqu’elle facilite la liberté de pensée et donc enrichit le tissu et le débat démocratique.
Les dernières interventions du président de la République depuis son élection n’inquiètent-elles pas les défenseurs de la LAÏCITE ?
Ses discours tant à Ryad qu’à Latran ne tentent-ils pas de remettre en cause cette notion fondamentale de république laïque selon notre propre constitution ?
Le dernier accord signé par le ministre des affaires étrangères et l’Etat du Vatican en janvier 2009, mis en oeuvre par le décret du 15 avril, aboutit à reconnaître la validité des grades et des diplômes délivrés en France également par les établissements d’enseignement dépendant de la Congrégation pour l’Education catholique. Cela ne témoigne-t-il pas d’une volonté de contrevenir aux dispositions de notre constitution... ?
Luc Maroni, intervenant au titre de conférencier a complété le propos de Georges Gastaud en soulignant l’importance du mouvement protestant dans l’Histoire en faveur de la laïcité. Il a également souligné qu’aujourd’hui elle est en danger puisque constamment attaquée.
Yves Malapel, pour sa part, a rappelé le parcours de l’école laïque. Il est revenu sur la séparation du dogme et de la raison, sur l’engagement de Condorcet, ainsi que sur la loi Guizot de 1833 portant sur l’instruction primaire pour laquelle l’école devient une affaire d’état. Cette dernière a été au centre du combat pour la laïcité et le principal moyen d’imposer la République. Jules Ferry en a été l’une des grandes incarnations.
Lors de la conférence, il a été aussi rappelé que la loi de 1905 protège l’Etat de l’influence religieuse mais, en même temps, qu’elle se montre respectueuse de toutes les religions.
Invitant le public au débat, plusieurs questions ont été posées et de nombreux points ont été précisés : en Europe, la laïcité à la française est très isolée par rapport aux autres pays. Quel avenir se dessine pour la laïcité ?
Enfin, l’hypothèse selon laquelle les difficultés qu’éprouve de nos jours le monde associatif ne serait-il pas lié au déclin annoncé de la laïcité « à la française », forme de Laïcité dont le monde entier nous a toujours enviée, laïcité dans ce qu’elle recouvre de plus profond au niveau de ses valeurs !
C'est en félicitant l'ensemble des intervenants qui ont animé le débat avec parfois beaucoup de passion, que le président a clôturé cette riche soirée.

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